SIMENON ET JOSEPHINE

Texte de Stéphane Laporte et Jean-Louis Grinda

Paroles de Stéphane Laporte

Musique de Patrick Laviosa 

 

 

Création en français au Forum de Liège en septembre 2003

 

 


 

 

En 1925, quand Joséphine fait l'événement, elle n'a pas 20 ans. Simenon en a 22. On ne sait quand commence leur liaison, mais elle est attestée et par elle et par lui, de même que la fin de celle-ci, durant l'été 27, où Simenon se réfugie sur l'Ile d'Aix avec Tigy, son épouse : " J'étais devenu l'ami … de Joséphine Baker que j'aurais épousée si je ne m'étais refusé, inconnu que j'étais, de devenir M. Baker ", écrit-il dans ses Mémoires intimes.

On peut imaginer que tout rapprochait ces deux-là : le petit provincial culotté monté à Paris, y attendant gloire et fortune, et la petite métisse, bonne à tout faire chez les Blancs dès 8 ans, avant d'être serveuse et de rêver devenir, grâce à la danse, une star. Mais, bien davantage encore, la liberté d'allure de Joséphine, son audace, son amoralité joyeuse ont dû séduire un homme qui se dit constamment tenté par le désordre, qui avoue un goût prononcé pour une sexualité rapide et sauvage, élevée au rang "des instincts de base" qui spécifient "l'homme nu". Joséphine va figurer, à ses yeux, ce primitivisme qu'il recherchera plus tard en Afrique et à Tahiti, cette palpitation de la vie, cette intensité charnelle sans culpabilité. Dans les danses haletantes et sensuelles de l'Américaine, scandées sans obscénité, nul tabou, mais le pulsionnel pur, tel que l'imaginait Georges. Ils vivront quelques mois de folie dont on ne sait pas grand-chose, si ce n'est ce projet d'un Joséphine Baker's Magazine, à elle consacré, et dont Georges serait le rédacteur en chef. On sait aussi qu'ils resteront amis, qu'ils se reverront, bien plus tard, alors que Simenon séjourne aux Etats-Unis après la Guerre et qu'il la reçoit chaleureusement en compagnie de Denyse, sa seconde épouse.

Danielle Bajomée
directeur du Centre Simenon de l'Ulg