VERS TOI TERRE PROMISE

TRAGÉDIE DENTAIRE

 de Jean-Claude GRUMBERG

 

VERS TOI TERRE PROMISE a été nominé dans 2 catégories pour les Molières 2009: 

Meilleur Auteur et Comédienne (Christine Murillo)

 

Création au Théâtre du Rond Point - Du 4 mars au 11 avril 2009

Mise en scène de Charles Tordjman 

 

Reprise au Petit Marigny du 15 septembre au 22 novembre 2009

 

Avec Philippe Fretun, Antoine Mathieu, Clotilde Mollet et Christine Murillo 

 

 

Texte publié chez Actes Sud Papiers

 


4 personnages : 2 hommes, 2 femmes

C’est ça, c’est ça, l’hébreu… Va falloir qu’ils m’apprennent d’urgence à gémir en hébreu!


Que reste-t-il quand il n’y a plus rien ? Quand on perd une dent soit elle repousse, soit on la remplace. Mais on ne remplace pas un être cher lorsqu’il a disparu. On ne remplace pas un pays par un autre quand on n’a plus de patrie. Dans Vers toi terre promise, Jean-Claude Grumberg s’interroge sur ce que cela signifie d’être dépossédé de tout ce qui constituait une vie. En 1942, Charles Spodek victime des lois anti-juives doit abandonner son cabinet de dentiste. Il le récupérera en 1945. Mais entre temps une de ses filles a disparu en déportation tandis que l’autre, placée pendant la guerre dans un couvent, a choisi de rentrer dans les ordres. Charles et Clara, son épouse, ne la reverront plus. Pour eux qui sont athées, la nouvelle est un choc. Progressivement s’insinue en eux le sentiment de ne plus avoir de pays. Et aussi, sans grande conviction, le besoin de partir ailleurs. En Israël? Pourquoi pas.

 

EXTRAITS DE PRESSE

 

" C'est le plus grand succès de Jean-Claude Grumberg depuis L'Atelier, en 1979 : Vers toi, Terre promise. Lors de sa présentation au Théâtre du Rond-Point, au printemps, la pièce a refusé du monde. L'automne la retrouve sur le trottoir d'en face, au Théâtre Marigny, où elle va poursuivre sa carrière, dans le circuit du théâtre privé. Ce fut déjà le cas pour L'Atelier : après sa création triomphale à L'Odéon, la pièce était passée au Gymnase, avant d'être jouée à travers le monde et étudiée en classe. Vers toi, Terre promise s'inscrit dans la même veine : la Shoah, un mot que Jean-Claude Grumberg emploie "parce qu'il est pratique". Après la seconde guerre mondiale, quand il était enfant, sans son père, mort en camp de concentration, sa mère "ne nommait pas la chose". Elle disait "avant (ou après) le départ", ou "ça".

Jean-Claude Grumberg avait 6 ans en 1945. Dans les années suivantes, ses mauvaises dents lui ont valu de longues séances chez un dentiste à qui "ça" avait arraché ses deux filles : l'une n'était pas revenue de déportation, l'autre était retenue dans un couvent où elle avait été cachée pendant la guerre. Ses parents ont mis beaucoup de temps à la retrouver. Mais ils ne l'ont jamais revue. Elle s'est convertie au catholicisme et elle est entrée dans les ordres. Cette histoire est au coeur de Vers toi, Terre promise, sous-titrée Tragédie dentaire. Quand il écrivait la pièce, en 2005, Jean-Claude Grumberg a appris que cette religieuse vivait toujours, qu'elle avait dirigé des écoles et été conseillère du pape Jean-Paul II, et qu'elle était venue voir le nom de sa soeur sur la plaque apposée sur le mur du lycée dont elle avait été l'élève. Jean-Claude Grumberg aurait pu la rencontrer. Il a préféré rester sur ses impressions d'enfant.

Ce qui intéresse l'auteur, dans Vers toi, Terre promise, c'est la souffrance des parents, les Spodek, des juifs profondément laïcs, privés par l'engagement de leur fille du seul espoir qui aurait pu leur rester. A une époque de retour du religieux, Jean-Claude Grumberg affirme son incroyance, liée à l'histoire de sa famille et à l'Histoire. S'il eut une foi, dans les années 1950-1960, ce fut celle "qu'il pouvait y avoir un monde meilleur de l'autre côté du mur" (entendez : le communisme).

Les Spodek de sa pièce n'ont même pas cette foi. Ils sont détruits, ce qui vaut des flots de larmes à Mme Spodek, et un humour dévastateur à M. Spodek. Au Rond-Point, cet humour créait une ligne de démarcation entre les spectateurs qui éclataient de rire, "les jeunes, c'est-à-dire les moins de 70 ans", dit Grumberg, et les plus âgés : "Ceux-là n'arrivaient pas à rire. Quelque chose les étreignait. C'était la même chose au temps de L'Atelier."

Comme toujours dans son théâtre, Jean-Claude Grumberg parle à la première personne. C'est lui, l'enfant d'après-guerre, que l'on entend à travers les personnages de la pièce, dont le titre emprunte à un cantique chrétien. L'auteur en cherchait un qui parlât d'Israël. Il a demandé à sa libraire favorite, dans le quartier Saint-Sulpice, qui s'est mise aussitôt à chanter Vers toi, Terre promise (" le peuple de Dieu tend les bras..."). Ce cantique a été entendu en Israël, où la pièce a été jouée, dans la mise en scène impeccable de Charles Tordjman, servie par quatre acteurs eux aussi impeccables : Philippe Fretun, Antoine Mathieu, Clotilde Mollet et Christine Murillo. "Les auteurs sont très fragiles, dit Jean-Claude Grumberg. Le succès vient de la justesse de la production. Une pièce ne suffit pas." Laissons sa modestie à l'auteur. Vers toi, Terre promise, nous fait entendre cela, lié à la Shoah : "Les enfants qui ont perdu leurs parents sont orphelins. Il n'y a pas de mot pour les parents qui ont perdu leurs enfants."

LE MONDE - 13/09/09

 

" A travers quatre comédiens véritablement touchés par la grâce, on se sent forcément concerné par le propos de Jean-Claude Grumberg. [...]. L'auteur s'est inspiré d'un dentiste qu'il a fréquenté plus jeune et restitue dans les moindres détails l'ambiance de la salle d'attente, le calvaire sur le fauteuil avec le bruit familier de la roulette. Il pose des questions sans être didactique. Brillamment".

LE FIGAROSCOPE - 18/03/09