4 personnages : 2 hommes, 2 femmes
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C’est ça, c’est ça, l’hébreu…
Va falloir qu’ils m’apprennent d’urgence à gémir en hébreu!
Que reste-t-il quand il n’y a plus rien ? Quand on perd une
dent soit elle repousse, soit on la remplace. Mais on ne
remplace pas un être cher lorsqu’il a disparu. On ne remplace
pas un pays par un autre quand on n’a plus de patrie. Dans
Vers toi terre promise, Jean-Claude Grumberg s’interroge sur
ce que cela signifie d’être dépossédé de tout ce qui
constituait une vie. En 1942, Charles Spodek victime des lois
anti-juives doit abandonner son cabinet de dentiste. Il le récupérera
en 1945. Mais entre temps une de ses filles a disparu en déportation
tandis que l’autre, placée pendant la guerre dans un couvent,
a choisi de rentrer dans les ordres. Charles et Clara, son épouse,
ne la reverront plus. Pour eux qui sont athées, la nouvelle est
un choc. Progressivement s’insinue en eux le sentiment de ne
plus avoir de pays. Et aussi, sans grande conviction, le besoin
de partir ailleurs. En Israël? Pourquoi pas.
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EXTRAITS DE PRESSE
" C'est le plus
grand succès de Jean-Claude Grumberg depuis L'Atelier, en 1979 :
Vers toi, Terre promise. Lors de sa présentation au Théâtre du
Rond-Point, au printemps, la pièce a refusé du monde. L'automne la
retrouve sur le trottoir d'en face, au Théâtre Marigny, où elle va
poursuivre sa carrière, dans le circuit du théâtre privé. Ce fut déjà
le cas pour L'Atelier : après sa création triomphale à L'Odéon,
la pièce était passée au Gymnase, avant d'être jouée à travers le
monde et étudiée en classe. Vers toi, Terre promise s'inscrit
dans la même veine : la Shoah, un mot que Jean-Claude Grumberg emploie "parce
qu'il est pratique". Après la seconde guerre mondiale, quand
il était enfant, sans son père, mort en camp de concentration, sa mère
"ne nommait pas la chose". Elle disait "avant
(ou après) le départ", ou "ça".
Jean-Claude Grumberg avait 6 ans en 1945. Dans les années suivantes,
ses mauvaises dents lui ont valu de longues séances chez un dentiste à
qui "ça" avait arraché ses deux filles : l'une n'était
pas revenue de déportation, l'autre était retenue dans un couvent où
elle avait été cachée pendant la guerre. Ses parents ont mis beaucoup
de temps à la retrouver. Mais ils ne l'ont jamais revue. Elle s'est
convertie au catholicisme et elle est entrée dans les ordres. Cette
histoire est au coeur de Vers toi, Terre promise, sous-titrée Tragédie
dentaire. Quand il écrivait la pièce, en 2005, Jean-Claude
Grumberg a appris que cette religieuse vivait toujours, qu'elle avait
dirigé des écoles et été conseillère du pape Jean-Paul II, et
qu'elle était venue voir le nom de sa soeur sur la plaque apposée sur
le mur du lycée dont elle avait été l'élève. Jean-Claude Grumberg
aurait pu la rencontrer. Il a préféré rester sur ses impressions
d'enfant.
Ce qui intéresse l'auteur, dans Vers toi, Terre promise,
c'est la souffrance des parents, les Spodek, des juifs profondément laïcs,
privés par l'engagement de leur fille du seul espoir qui aurait pu leur
rester. A une époque de retour du religieux, Jean-Claude Grumberg
affirme son incroyance, liée à l'histoire de sa famille et à
l'Histoire. S'il eut une foi, dans les années 1950-1960, ce fut celle "qu'il
pouvait y avoir un monde meilleur de l'autre côté du mur"
(entendez : le communisme).
Les Spodek de sa pièce n'ont même pas cette foi. Ils sont détruits,
ce qui vaut des flots de larmes à Mme Spodek, et un humour dévastateur
à M. Spodek. Au Rond-Point, cet humour créait une ligne de démarcation
entre les spectateurs qui éclataient de rire, "les jeunes,
c'est-à-dire les moins de 70 ans", dit Grumberg, et les plus
âgés : "Ceux-là n'arrivaient pas à rire. Quelque chose les
étreignait. C'était la même chose au temps de L'Atelier."
Comme toujours dans son théâtre, Jean-Claude Grumberg parle à la
première personne. C'est lui, l'enfant d'après-guerre, que l'on entend
à travers les personnages de la pièce, dont le titre emprunte à un
cantique chrétien. L'auteur en cherchait un qui parlât d'Israël. Il a
demandé à sa libraire favorite, dans le quartier Saint-Sulpice, qui
s'est mise aussitôt à chanter Vers toi, Terre promise ("
le peuple de Dieu tend les bras..."). Ce cantique a été
entendu en Israël, où la pièce a été jouée, dans la mise en scène
impeccable de Charles Tordjman, servie par quatre acteurs eux aussi
impeccables : Philippe Fretun, Antoine Mathieu, Clotilde Mollet et
Christine Murillo. "Les auteurs sont très fragiles, dit
Jean-Claude Grumberg. Le succès vient de la justesse de la
production. Une pièce ne suffit pas." Laissons sa modestie à
l'auteur. Vers toi, Terre promise, nous fait entendre cela, lié
à la Shoah : "Les enfants qui ont perdu leurs parents sont
orphelins. Il n'y a pas de mot pour les parents qui ont perdu leurs
enfants."
LE MONDE - 13/09/09
" A travers quatre comédiens véritablement
touchés par la grâce, on se sent forcément concerné par le propos de
Jean-Claude Grumberg. [...]. L'auteur s'est inspiré d'un dentiste qu'il
a fréquenté plus jeune et restitue dans les moindres détails
l'ambiance de la salle d'attente, le calvaire sur le fauteuil avec le
bruit familier de la roulette. Il pose des questions sans être
didactique. Brillamment".
LE FIGAROSCOPE - 18/03/09