Frank
Hardy, le “guérisseur”, Grace Hardy, sa femme, et
Teddy, l’imprésario, s’expatrient d’Irlande en
parcourant les routes d’Écosse et du pays de Galles. Dans
les plus petites villes ou villages ont lieu les “représentations”
de Frank qui exerce son art : la guérison par
l’imposition des mains.
Frank, rêveur, affabulateur, prisonnier de son art, de son
don, maltraite, humilie ou exalte Grace, celle dont il façonne
l’identité à sa guise, changeant son nom, son lieu de
naissance, faisant d’elle sa maîtresse plutôt que sa
femme. La vie, le monde, pour lui irréels, ne trouvent de réalité
que dans ses aléatoires et hasardeuses réussites de guérison.
Grace, ancienne avocate, a fui cette carrière trop rigide
imposée par son père, Juge, pour accompagner et soutenir
son artiste de mari dans ses interrogations sans fin sur son
talent. La capacité à vivre son amour jusqu’à la
douleur confère à Grace une grandeur tragique.
Teddy, l’imprésario looser, le manager des “numéros”,
des “représentations” de Frank, accompagne le couple
dans cette errance aux finalités improbables, fasciné par
Frank, et aussi par Grace à qui il voue des sentiments plus
que professionnels.
Trois solitudes dans le trio qu’ils constituent, en quête
d’identité, en quête de patrie, d’un rattachement au
monde d’aujourd’hui qui exclut les “différences”,
qui met en marge ceux qui ne rentrent pas dans un moule,
dans un cadre, dans la norme.